Marie lui demande s’il veut l’épouser. Meursault pourrait dire oui, mais cela lui est égal. La réponse a quelque chose de désarmant. Elle dispense aussi de se demander ce qu’on veut vraiment… C’est cette commodité que Thom Hamer examine dans sa lecture de L’Étranger. [1]
Son hypothèse : Meursault a compris que le monde ne lui doit aucune justification. Il tient pourtant à distance l’autre moitié de l’absurde camusien : notre besoin persistant de sens. Insister sur l’absence de sens objectif le protégerait de la déception, et de la responsabilité de choisir. Face à l’exécution, son désir de recommencer arrive trop tard. Hamer rapproche cette fuite dans l’immédiat de l’existence esthétique chez Kierkegaard. Meursault cesse ainsi d’être le porte-parole tout trouvé de Camus : sa lucidité peut aussi lui servir de refuge.
Reste un pas qui mérite discussion : faut-il organiser sa vie autour d’un projet pour lui donner du sens ? Hamer accorde beaucoup à l’engagement durable. Les baignades et l’affection comptent pourtant déjà pour Meursault ; l’auteur le reconnaît. Il reste à expliquer pourquoi ces attachements ne suffiraient pas. Se méfier de l’indifférence n’oblige pas à transformer chaque plaisir en projet de vie.