Mathias Thaler relit Kierkegaard pour penser l’action face à la crise écologique, entre découragement et confiance excessive dans les solutions techniques. Sa thèse : reconnaître que nous ne maîtrisons pas le monde peut transformer notre capacité d’agir. Cette relecture contemporaine ne fait pas de Kierkegaard un penseur du climat ; elle mobilise sa notion de répétition pour explorer notre rapport à un avenir incertain. [1]
À travers La Reprise et Crainte et tremblement, Thaler rapproche les épreuves de Job et d’Abraham. La répétition ne consiste ni à reproduire un bonheur passé ni à perfectionner une méthode par essais successifs. Elle désigne une transformation de soi permettant d’accueillir de nouveau le monde, sans pouvoir fabriquer ce renouvellement à volonté. Résignation et foi composent ainsi un double mouvement : reconnaître la perte et renoncer à la maîtrise, tout en restant ouvert à des possibilités nouvelles.
L’intérêt de cet essai est de rendre concrète cette différence entre espérance et assurance du succès. Sa limite, reconnue par Thaler, tient au passage de l’individu au collectif : cette disposition existentielle complète une théorie de l’action politique, mais ne fournit pas à elle seule des institutions ou une stratégie climatique.