De la solitude
Changer de lieu ne suffit pas à se libérer. Dans cet essai, Montaigne observe que nous emportons nos inquiétudes, notre ambition et notre besoin de reconnaissance jusque dans la retraite. Une maison tranquille peut devenir une autre cour où l’on continue de chercher l’approbation des absents. La solitude commence donc par un travail sur ce dont dépend notre contentement.
Sa proposition : préserver en soi un espace que les fonctions, les possessions et les relations n’occupent pas entièrement. On peut aimer, agir et apprendre, tout en se préparant à perdre ce qui échappe à notre maîtrise. Même l’étude doit rester à sa place : lorsqu’elle sacrifie la santé au prestige du savoir, elle reconduit la dépendance dont on voulait sortir.
L’enjeu est de pouvoir habiter sa propre compagnie sans avoir constamment besoin d’un public. Une limite mérite pourtant attention : cette liberté suppose du temps et une marge de choix dont chacun ne dispose pas. L’essai offre une discipline du jugement ; il ne résout pas les contraintes matérielles qui rendent le retrait possible.